Autobiographie d'un DJ
par Philippe Corti

 

avec l'aimable autorisation de Philippe Corti :
la préface de Frédéric Beigbeder

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Préface

La fête est nécessaire, Philippe Corti est son prophète. Aujourd'hui, tout le monde copie Philippe Corti. A la télévision, les émissions font chanter Alexandrie, Alexandra par des pétasses siliconées de la bouche. À la radio, ils découvrent soudain les disques que Philippe Corti passe dans ses soirées depuis dix ans. Il existe même un nouveau nom pour les disc-jockeys qui imitent Philippe Corti : on les appelle désormais des « SÉLECTEURS ». Car il y a deux sortes de deejays : les techniciens techno qui mixent l'il rivé sur les bpm, et les sélecteurs qui mixent l'il rivé sur la salle. Philippe Corti n'a toujours eu qu'une priorité : le sourire des filles, la sueur des mecs. (Zut, ça fait deux priorités, je m'ai trompé.) Si personne ne tombe par terre en se roulant des pelles, si personne n'arrache sa chemise auréolée sous les bras, s'il n 'y a pas de dégâts matériels et                           

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de panne de déodorants, qu'on se le dise : Philippe Corti sera vexé.

Il saisira alors le micro et haranguera la foule, scratchera dans tous les sens, dansera sur les platines, puis enchaînera Enrico Macias avec The White Stripes en faisant couiner sa corne de brume dans votre tympan gauche. Méfiez-vous de Corti il est le GODFATHER 0F SELECTORS. Il risque de mettre ses menaces à exécution, et vous vous retrouverez dansant le pogo sur du Sardou en moins de deux. Quand on ne s'y attend pas, ça peut surprendre. Dans un monde de plus en plus froid Philippe Corti n'oublie pas que les gens sortent pour se réchauffer.

Le problème, quand on fréquente ce type c'est qu'on a TOUJOURS mal à la tête le lendemain et qu'on ne lui en veut JAMAIS. C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup.

FRÉDÉRIC BEIGBEDER

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 avec également l'aimable autorisation de Philippe Corti : le prologue

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Prologue

« II vaut mieux être belle et rebelle que

         moche et re-moche. »

FRANCK,
Guinguette des Templiers, août 2004,
21 h 30, douze pastis.

Je me suis toujours demandé d'où me venait cette attirance profonde pour les boîtes de nuit, pour la musique et pour les clubbers. Mes parents étaient des instituteurs peu mélomanes et allergiques aux bals de village. Mon père, lui, lorsqu'il s'essayait au tango, avait la grâce d'un ours souffrant d'une sciatique. Ma mère, elle, pensait que Verdi était drogué.

J'avais, comme vous le voyez, autant de chance de faire la carrière qui est la mienne que de gagner trois fois de suite le gros lot au Loto ! Pourtant mon premier billet de dix francs a servi à m'acheter un disque des Beatles.

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Mon père, s'il n'était pas attiré par le rock n'avait pas de marteau non plus ! Heureusement car à ce jour je ne pourrais certainement pas exhiber fièrement ce crâne lisse qui me caractérise, tels une marque de fabrique, un label NF, un code-barres quoi ! Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître : pas de magasin de bricolage ouvert le dimanche ni de grande surface entièrement dédiée aux bricoleurs pas de Leroy Merlin, pas d'outil à la maison !

D'abord le travail était interdit par la convention de Ponte-Leccia (Haute-Corse, 1958) et vu les très fortes origines corses de mon père et de ma mère de mes grands-parents paternels et maternels le risque de transgresser ce genre de convention ne nous a jamais traversé l'esprit.

A défaut de marteau, mon père et ma mère maniaient avec art le ceinturon. Cela a fait de moi un des plus jeunes danseurs de salsa de ceinturon de France bien avant le Barrio Latino ou Yuri Buenaventura. J'étais un enfant turbulent !

La difficulté de cette salsa un peu spéciale était principalement d'éviter les coups en accompagnant du corps le tempo imprimé par mon père. Cela m'a apporté tout de suite un grand sens du rythme ! J'étais la référence en salsa du ceinturon. J'avais mon prof particulier, mon vieux, qui arrivait non pas dans son pardessus râpé, mais souvent comme tout bon Corse qui se respecte, en treillis camouflé. Son cousin                      

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cousin germain. César, militaire de carrière, lui avait gentiment offert, avec la gourde en fer qui s'accrochait où ? Au ceinturon pardi...

Au début, ça me laissait le temps de fuir et d'éviter les premiers coups. Mauvais calcul, car lorsque mon père me rejoignait, la ration était double. J'ai vite compris la morale : « Rien ne sert de courir, il faut mortier à point... » Mon père appelait ça les TP (travaux pratiques). Je m'initiais simultanément à l'algèbre et aux tables de multiplication de trois. Car j'étais nul en maths, et mon père avait des principes : jamais en dessous de trois et toujours par salves de trois selon la gravité de la bêtise ou de la mauvaise note dans les matières scientifiques.

Ma mère avait, outre la cuisine, le ménage, le budget, la lessive, l'éducation, la banque, les crédits, l'entretien de la voiture, le jardinet et les courses, la lourde charge de surveiller les matières artistiques et les langues. J'adorais les langues mais le piano, non. Aussi, pour me faire réviser mes gammes, ma mère jouait du tuyau d'arrosage. Ça l'arrangeait puisqu'elle arrosait le jardin le jeudi, le même jour que mes cours de piano.

J'ai toujours eu un profond respect pour ma mère qui travaillait dur en plus de son boulot d'instit'. J'aurais trouvé irrespectueux de l'obliger à chercher le ceinturon de mon père qui faisait la sieste alors qu'elle avait sous la main ce tuyau qui faisait un bruit                       

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mélodieux, un fouuuuuuupp lorsqu'elle me le projetait sur les cuisses. Je me souviens, c'était un do mineur. Ainsi Je révisais le solfège.

C'est peut-être de là que m'est venue cette passion pour la musique : du ceinturon et des tuyaux !
Merci, papa. Merci, maman.

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Chapitre 1

Première naissance

« À une âme bien née
La valeur n'attend pas le nombre des années. »
P
IERRE CORNEILLE, Le Cid.

Alger, le 5 octobre 1958, 14 h 30. Général de Gaulle : « Français, je vous ai compris ! » Naissance de la Ve République ! Ça vous en bouche un coin, non ?

Millau, maternité de l'Ause, le 5 octobre 1958, 14 h 30. Dr Rouffignac : « Allez-y, madame Corti, respirez. Poussez ! C'est un garçon ! » Le même jour, à la même heure. La classe américaine, ma mère !

Malgré toute la considération que ma mère avait pour le Général et sa famille, je crois que, ce 5 octobre 1958, elle était plus concentrée sur mon...              

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(la suite du texte est dans le livre) 
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